J'ai attrappé une maladie vieille comme l'humanité et contre laquelle n'existe, à
ce jour, aucun remède. Ceux qui ont été epargnés en sourient, parfois s'en gaussent.
Ils ont tort. Elle paraît en effet anodine, négligeable, divertissante, elle est insidieuse,
exigente avant de devenir tyrannique. Elle ne laisse aucun répit. Elle n'admet aucun
rival. Elle exige qu'on lui sacrifie beaucoup de temps, une dispendieuse énergie, toutes
ses économies, son corps et, qui sait, son âme. A l'instant de certaines religions, elle
promet le paradis après qu'on a bien souffert et qu'on s'est bien effacé. Elle déteste
les paresseux et les lâches. Elle est effrayante et magnifique. Il arrive qu'on en
meure. c'est la fièvre du cheval.
Jour après jour, elle me dévore. J'ai essayé en vain de lutter. Maintenant,
soumis, je me laisse faire. Je m'applique et m'amuse seulement à la domestiquer.
Je lui cède en selle, elle me poursuit à pied, jusque dans la grande ville où elle ne
manque jamais une occasion de ma narguer et, si d'aventure je la dédaigne, de
me persécuter.
Jérome GARCIN